Céline Larigaldie 2014-2019

47170 Lannes - Nouvelle Aquitaine - France

Comment j’ai pris la parole pour célébrer mon premier mariage

Mon tout premier discours d’officiante de Cérémonie Laïque

Un jour d’hiver 2017, je reçois un appel d’un wedding planner (un quoi ?!) qui cherche quelqu’un qui parle allemand pour célébrer un mariage en Gironde. Je n’avais encore aucune idée de ce qu’était le métier de wedding planner et encore moins celui d’officiant de cérémonie laïque. J’ai juste compris que je devrais préparer un discours personnalisé et prendre la parole devant plusieurs dizaines de personne. Et la suite... la voici !

Aron et Lisa en quête d’un germaniste pour célébrer leur mariage dans le Sud-Ouest

Je me souviens du tout premier contact avec Aron. C’était un dimanche, je tenais un pinceau dans une main, le téléphone dans l’autre, le seau de peinture à mes pieds, mes plus beaux vêtements de rénovation sur le dos. J’attendais son appel suite à la demande du wedding planner, qui avait réussi à me convaincre que je ne risquais rien à discuter avec le jeune couple. Aron m’a expliqué qu’il était originaire de Bordeaux, où il avait rencontré Lisa, avec qui il vivait maintenant à Munich. Ils envisageaient de se marier dans le parc du Château d’Auros. Plutôt réticente, je lui ai expliqué que je n’avais encore jamais fait ça, et que c’était un peu risqué de me confier ce rôle. Mais, charmée par cette rencontre inattendue et leur histoire qui m’intriguait un peu, j’ai accepté un rendez-vous sur Skype quelques semaines plus tard. Et c’est là que s’est produit le déclic.

Je m’étais préparée mentalement à cette discussion, je savais que j’allais parler allemand à des inconnus à travers l’écran, et que j’allais devoir prendre une décision concernant leur demande. Je me sentais à la fois anxieuse et curieuse, et surtout tellement excitée à l’idée de cette perspective ! La conversation s’est déroulée comme un enchantement, nous avons fait connaissance, Aron et Lisa m’ont raconté leur projet, et ce qu’ils attendaient de moi : que je prenne la parole devant tous leurs invités pour raconter leur histoire et faire le lien entre les interventions de leurs invités. En les écoutant parler, je visualisais la scène, et me demandais si j’avais bien toutes les compétences pour me lancer dans cette aventure. Bon, je savais écrire pour les autres, ça faisait quelques années que je le faisais. Je parlais couramment allemand, soit. Parler en public, après tant d’années de pratique théâtrale et d’enseignement, ça ne me paraissait pas délirant. Et puis… j’ai réalisé que j’avais déjà préparé (et en partie animé !) deux cérémonies de mariage originales et laïques – dont une bilingue… pour mes deux mariages ! Alors la décision s’est comme imposée à moi, et sans plus y réfléchir, je leur ai répondu que j’étais touchée de la confiance qu’ils m’offraient, et que si je refusais, c’est que je ne me faisais pas confiance moi-même. J’avais envie de me faire confiance, et j’ai dit « oui ». La demande émanait d’eux, et pour moi cette demande légitimait le rôle que je m’apprêtais à endosser. Mais célébrer un mariage, ça me paraissait une responsabilité tellement énorme !

Célébrer un mariage, quelle drôle d’idée !

Dans les semaines qui ont suivi, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, virtuellement d’abord, puis lors de leurs vacances dans le Bordelais. J’avais préparé une petite série de questions, et ils m’ont raconté tout plein d’anecdotes et de détails sur leur rencontre atypique, leur vie de couple, leurs goûts, la naissance de leur bébé, leurs projets d’avenir, et bien plus encore.

J’apprenais à connaître ces inconnus d’une manière tellement intime, et pourtant totalement respectueuse de leurs petits secrets. Je développais une véritable tendresse pour ce jeune couple, j’attendais impatiemment le jour de leur mariage, tout en sentant la pression monter au fil du temps. Je me disais que ce jour-là représentait quelque chose de tellement précieux pour eux qu’il était inconcevable que je rate quoi que ce soit dans la prestation que je leur dédiais.

La préparation du mariage de Lisa et Aron en auto-formation

Aron et Lisa avaient une idée bien définie de ce qu’ils souhaitaient pour leur cérémonie de mariage en extérieur, ils avaient envie de symboles  proches de la nature, de lumière et de soleil d'été. Ils m’ont envoyé la trame de leur cérémonie, et j’ai commencé à travailler dessus. Ensemble, nous avons élaboré le discours que j’allais dire, réfléchi à la façon d’intégrer les discours et les textes pour que le tout prenne sens et suive un fil rouge logique. Plusieurs fois nous avons remanié le texte, ajouté un rituel des rubans qu’ils ont finalement décidé d’annuler quelques jours avant le mariage. Ils rêvaient d’un texte qui parle des liens franco-allemands, une histoire d’amour qui mette en scène un couple biculturel. En cherchant le texte qui me parlerait d’eux, je suis tombée sur un extrait du Prophète de Khalil Gibran, que j’aimais beaucoup. Ce texte était plus vague que ce qu’ils souhaitaient au départ, mais il les a touchés et ils ont choisi de le faire lire en français et en allemand par leurs témoins. J’ai rédigé mon discours en alternant le français et l’allemand, sans jamais répéter deux fois la même chose, tant j’avais à cœur que personne ne s’ennuie pendant la cérémonie.

Le texte a fait des allées-venues entre Munich et Lannes plusieurs fois. Puis un jour, Aron et Lisa m’ont donné le feu vert. Il ne me restait plus qu’à m’en imprégner ! Je l’ai lu des dizaines de fois, je me suis enregistrée puis écoutée en boucle. J’ai travaillé la prononciation, l’intonation, je tenais à donner un ton solennel mais léger à mon intervention. Je voulais que le contenu (leur histoire, leur union) soit mis en exergue par un rythme et une tonalité à la fois douce et joyeuse.

Le trac de l’avant-mariage

J’avais tout prévu, de la robe seyante mais sobre aux bijoux raffinés, en passant par le joli livre de cérémonie, le rendez-vous chez la coiffeuse et le petit maquillage discret… Je suis arrivée au château une heure avant l’horaire prévu, pour avoir le temps de m’installer et de m’imprégner du lieu et de l’ambiance. Magnifique, j’étais subjuguée par le charme du lieu. La cérémonie d'engagement allait se dérouler sous un arbre centenaire au pied du château. Le champ de vision des invités allait embrasser un incroyable panorama de vignes et de forêt sur les coteaux aquitains.

La nouvelle circulait que le wedding planner avait eu un accident de voiture et ne serait pas là pour le mariage. Pas de panique. Aron avait les choses en mains malgré son air taciturne, il se chargeait d’installer les chaises et de pallier le manque.

Quelques essais micro, un petit moment de concentration, le trac montait comme avant une représentation théâtrale. Sauf que là, ce n’était pas « juste » une performance d’artiste amateur, c’était LE grand jour de ce couple, et j’avais tellement envie que ce soit un moment inoubliable pour eux !

Ils avaient tout organisé avec le DJ, les musiques d’entrée et de sortie, je n’avais plus qu’à enfiler mon costume et entrer dans mon rôle.

Au compte-goutte, les invités sont arrivés. Bonjour madame, bonjour monsieur, bonjour, sourire, bonjour… Petit changement de dernière minute, la mariée faisait demander un tabouret à la place de la chaise que son amour de nouveau mari venait de lui installer. Et hop, ce fut fait. J’observais le tout en essayant de rester dans ma bulle, de ne pas me laisser distraire par les détails de l’organisation, tout en gardant un léger sourire aux lèvres.

La musique s’est élevée, les invités se sont installés. Le marié a fait son entrée au bras de sa mère et s’est positionné face à ses invités, près de moi, pour observer le cortège arriver. Les minutes passaient, le trac m’envahissait de plus en plus. Jusqu’à ce que Lisa fasse son entrée, lumineuse et rayonnante.

Les mariés ont pris place face à moi, dos à leurs invités, comme on le fait lors d’une traditionnelle cérémonie religieuse ou même d'une cérémonie civile.

Quand j'ai failli en perdre la parole...

« Au nom de Lisa et Aron, je vous souhaite la bienvenue dans ce lieu magique, ce magnifique château, qu’ils n’ont pas choisi au hasard. Je vous en dis plus dans un instant.

Im Namen von Lisa und Aron, möchte ich Sie herzlich willkommen heißen. Sie sind vermutlich von weit hergefahren, um an diesem besonderen, wunderschönen und glücklichen Ereignis teilzunehmen. Um die feierliche Stimmung der Zeremonie nicht zu stören, möchte ich Sie bitten… »

 

C’était parti, je célébrais le tout premier mariage de ma vie. Je me sentais totalement à l’aise dans mon rôle de chef d’orchestre, comme exaltée par le plaisir d’offrir ce moment de bonheur à une assemblée multiculturelle. Mon discours se déroulait naturellement, jusqu’au moment où, l’espace d’un centième de seconde, mon esprit m’a rappelé à l’ordre « Mais tu fais quoi là ?! Tu es qui pour célébrer un mariage ?! » Un petit syndrome de l’imposteur que ma conscience a chassé vite fait d’un « oui, je célèbre leur amour, parce qu’ils me l’ont confié. Na ! » Nan mais !

Alors je me souviens très clairement de ce furtif instant, mais je ne sais pas s’il a été perceptible pour les mariés et leurs proches. Peut-être que tout cela s’est joué sur le temps d’une inspiration, d’une virgule… Vade retro, esprit mal luné !

Jusqu’au bout, tout s’est déroulé comme sur le papier. Ou presque. Parce qu’après l’échange de vœux et d’alliances, il était écrit que je devais dire « Tu peux embrasser la mariée ». Mais Aron n’a pas attendu mon autorisation pour clôturer la cérémonie d’un baiser à sa jeune épouse. Et c’est là que j’ai compris que si je maîtrisais mon sujet, j’étais capable de puiser dans mon imagination les mots qui vont bien, même (ou surtout ?) en public. Une pirouette et un mot de fin improvisé. Et voilà : mes petits mariés se dirigeaient déjà vers le vin d’honneur sous une pluie de pétales de roses.

 

Je savourais le bonheur du moment. Joie d’avoir réussi ma mission, bonheur partagé avec les mariés, leur famille et leurs amis. C’est là qu’une dame, au lieu de suivre la marche des invités qui s’éloignaient, s’est avancée vers moi en entraînant sa voisine : « Viens, on va lui dire ! ». Ce sont ensuite les mariés, leurs parents, leurs témoins, leurs amis, et même le tonton de la mariée, prêtre de son état, qui sont venus me voir.

 

Des mercis, des bravos, des félicitations, des commentaires heureux… mon moment de gloire ! Et surtout une question de la tante du marié, à laquelle je n’ai pas su répondre sur le coup : « C’est quoi le nom de votre métier ? » Sincèrement, je n’en savais rien. Je ne savais pas que c’était une profession, mais j’avais découvert le métier qui me correspondait.

Depuis, je suis devenue officiante de cérémonie laïque et j’écris des discours de mariage.

Sur le chemin du retour, je me sentais planer comme rarement on plane, joie et allégresse du moment vécu, mais aussi et surtout bonheur d’avoir trouvé la voie qui me convenait si bien. Mais comment s’appelait donc ce métier que je voulais exercer de tout mon cœur ?! « Créatrice de moments de bonheur », « Maîtresse de cérémonie », « Célébrante de l’amour » ?

« Officiante de cérémonie laïque ». Sur le coup, j’ai trouvé ça pas très glamour, mais bon, puisque c’était le nom de mon métier de rêve, je l’ai pris tel qu’il était. J’avais créé et célébré une toute première cérémonie, j’allais maintenant dévorer tous les sites internet, livres et vidéos sur le sujet ! Et pour commencer, m’inscrire sur l’annuaire des officiants de cérémonie et créer un site web dédié à mes cérémonies bilingues.

Et si c’était à refaire aujourd’hui, je changerais quoi ? Pour commencer, je tâcherais de laisser la surprise du texte final aux mariés, j’adore voir les expressions de leurs visages quand ils découvrent les mots que j’ai écrits pour eux. Et je leur proposerais aussi de s’assoir face à leurs invités, puisque contrairement au protocole de l’église et hors cadre religieux, rien ne les oblige à tourner le dos à l’assemblée… Partager des regards avec les membres de sa famille et son entourage proche pendant ce moment fort, quel plaisir ! J'aime cette liberté que nous offre la cérémonie laïque, dans la conception comme dans rédaction.

Cette toute première cérémonie n'était pas particulièrement originale, mais elle reste unique à mes yeux, et elle tient une place à part dans mon cœur. Si je me souviens avec émotion de chacun des quarante couples dont j’ai célébré l’amour depuis, Lisa et Aron occuperont dans mon histoire personnelle une place très particulière. Alors merci Monsieur Le-wedding-planner-dont-je-ne-connais-pas-le-nom pour cette belle idée ! Et merci aussi à Lisa et Aron pour leur incroyable confiance.

Site mariage_edited.jpg

Vous y trouverez également en téléchargement mon Guide pour Créer une Cérémonie de Mariage Bilingue.

Sur ce site dédié à mon activité d'officiante de cérémonie laïque, vous découvrirez ce métier et la manière dont je l'envisage.

ceremonies bilingues_edited.jpg